La Sicile : un rêve, une réalité !

Le bac qui nous fait passer de l’Italie à la Sicile est rapide, pas vraiment le temps d’apprécier la côte d’autant plus que seuls quelques hublots laissent entrevoir l’extérieur ! Contrairement aux autres bacs empruntés précédemment, celui-ci n’a pas de pont à l’air libre. On attendra de débarquer ! Nos hôtes à Messina nous réservent un très bon accueil sous ces températures clémentes, une agréable soirée, un nouveau rebond dans le voyage.

Le lendemain, on goûte à la frénésie sicilienne, il faut se frayer un passage parmi les voitures qui sont cul-à-cul au sein de la ville et avoir l’œil partout pour anticiper des situations à risques. Ici le cycliste pèse peu face à une voiture et on nous le fait bien comprendre à coups de klaxon (faut-il alors l’interpréter par : « pousse-toi, j’arrive! » ?)

On finira par arriver à l’agriturismo (gîte à la ferme) loué pour la noël, histoire d’être sûr d’avoir un hébergement vu nos déboires précédents ! Un arrêt dans un domaine agricole qui ne sera pas déplaisant pour nos papilles avides de tester chaque agrume qui y poussent. L’occasion aussi de faire une excursion en direction de l’Etna, sur les routes sinueuses de montagnes, un délice.

Pourtant, las de devoir payer des hébergements très régulièrement à des coûts élevés, on prend la décision de rejoindre Palerme en train. Dans la ville, nous sommes amusés par un groupe de bicyclettes, la musique à tue tête ! Ah une vélorution au milieu du flot incessant des voitures ! « Certains siciliens cherchent à faire reconnaître une place pour le vélo » s’imagine Elise. Ou simplement, c’est pour le côté grisant de rouler en groupe dans ce flux de carrosseries à quatre roues.

Un coup d’accélérateur sur la route

Les paysages italiens sont époustouflants, on en prend plein la vue. On prends plaisir à découvrir les paysages italiens que ce soit les oliveraies où les zones naturelles typiques du sud méditerranéen.

Voulant longer la côte italienne par le sud, nous devons faire route un peu à l’écart du littoral où c’est l’autoroute qui passe dans le plus plat ! Au menu, quelques montées et descentes mémorables et des vues bien méritées.

En milieu d’après midi de la mi-décembre, nous passons à proximité d’agriturismo, un gîte à la ferme. C’est l’opportunité de solliciter des agriculteurs. Anna Maria est installée ici avec sa sœur, elles ont repris la ferme familiale transformé la production viticole en production d’abricots et développé une activité d’hébergement et de restauration. Leurs maris travaillent en extérieur mais les aident régulièrement sur la ferme. Anna Maria avec sa « mama » est aux bons soins pour nous, surtout quand nous lui partageons les kilomètres parcourus : « mama mia ! ». http://www.agriturismocastellaneta.it/

IMG_8941Les jours suivants, trouvant peu d’opportunités pour loger chez l’habitant, nous faisons la fin du parcours depuis Policoro pour rejoindre la Sicile en train. Le transport ferroviaire est toujours un moment épique surtout lorsque qu’au départ de cette gare aucun train n’accepte les vélos. La méthode de « ne pas laisser le choix » fait encore son effet!

Dans les trains et les gares, il y a de nombreux voyageurs sans billets, des saisonniers africains. Nous en avions croisés au milieu des cultures légumières et des beaux paysages. Principalement des burkinabés venus ici pour travailler dans les champs dans l’espoir de « faire de l’argent ». Ils ont rarement le sourire, le métier qu’Alex affectionne semble les affecter profondément. Le légume italien à pas cher trouve une partie de son explication par cette forme d’esclavagisme.

Le voyage : un instant italien

Pour nous, ce soir le voyage c’est ce moment : assis dans un café à déguster un amaretto, juste à côté, un homme jouant du piano, accompagnant un chanteur, simplement un homme qui chante avec son cœur et rempli la salle de sa voix : « Valzer di parigi » (la valse de Paris). On est dans le présent, insouciants puisque l’on ne sait pas encore exactement où l’on va dormir. Peu importe! Un peu plus tôt, demandant à deux passantes la localisation d’un hébergement, on rencontre Alina et Mariana, deux roumaines travaillant ici, en aide à domicile. Ce sera l’occasion de parler roumain et de faire le tour de la ville. Rencontre furtive, riche, simple, sincère, on rit, on s’embrasse… Un moment purement intense!

 

… Un peu plus tard, nous sommes accueillis dans la famille de Yolanda pour manger un bon repas chauds aux saveurs locales. Toujours insouciants, nous espérons l’invitation pour l’hébergement. Il n’en sera point, nous partons réchauffés et le cœur léger de cette belle soirée. Il nous reste plus qu’à trouver un lieu où camper dans cette nuit noire!

L’Italie, un début prometteur!

La traversée en bateau nous permet, depuis Patras, de rejoindre le talon de la botte italienne à Brindisi. Cette ville a eu son temps de gloire avec le transport touristique par bateau jusque dans les années 90 et par la présence d’une base militaire des Nations Unies. Notre premier hôte en plus de l’histoire, nous fait découvrir les spécialités culinaires du coin. Humm, on va se régaler! Le séjour en Italie est très prometteur!

Le passage dans la région des pouilles est très dépaysant : les oliviers partout créent une ambiance particulière.On apprendra plus tard que la région est victime d’une épidémie sur l’olivier, une petite bactérie (xillela fastidiosa) apportée par un plan de café et qui attaque les arbres. Pour limiter la propagation, une campagne d’arrachage et de brûlage d’arbres multicentenaires est en cours. Ce doit être des images impressionnantes, nous en avons eu seulement des témoignages.

Les italiens sont curieux de nous voir avec les bicyclettes chargées et l’expriment de manière spontanée. Et notre curiosité nous ouvrira la porte d’une maison pour une visite de l’intérieur, un instant magique!

La traversée de la Grèce, la traversée de la montagne

Nous appréhendons cette route. Après 2 mois sans pratique de la bicyclette, on doute de notre capacité.

La rencontre des grecs, qui font preuve d’un très bon accueil, ne va pas nous rassurer : « c’est une belle route mais… difficile. »


Sans trop les écouter, nous enfourchons les vélos. La météo est clémente et les températures bien confortables. Mais un matin, Alex s’écrit : « attention c’est givré! ». Arrêté en pleine ascension au milieu d’une plaque de verglas, il se retrouve bien embarassé ne pouvant bouger au risque de glisser.

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La montée à 1200 m se fera finalement sans trop de difficultés, juste en poussant le vélo, ça passe!
Et cette route en vallait la peine. La vue est imprenable, en fond de vallée, au milieu d’une nature vierge, seul le son des cloches de quelques vaches gardées par un berger rompra le silence.

La Grèce : de quoi y perdre son latin

Arrivés à Thessalonique (ou Salonique vous pouvez choisir!) au nord de la Grèce par le train de 22h ce 11 novembre, on fini la journée bras nus! Ici c’est comme l’été pour des bretons.

Ce qui nous frappe au début, c’est de se trouver plongés dans un paysage antique. La vue depuis les hauteurs de la ville offre quelques images de l’histoire.

Puis, en Grèce, on se trouve plongés dans des formules de mathématiques :   Γ γ, Δ δ, Θ θ, Λ λ, Π π, Ρ ρ, Σ σ, Φ  φ, Ψ ψ, Ω ω
Un vrai jeu de décodage!

Thermi et la biodynamie

Sur le conseil de Yana, une wwoofeuse allemande rencontrée en Roumanie, nous nous dirigeons vers une ferme grecque dans la région de Théssalonique (nord de la Grêce). Elle nous décrivait un lieu proche de la mer et les agriculteurs vraiment intéressants et pratiquant l’agriculture homéobiodynamique. Pour Alex, peu importe le nom et la manière de pratiquer l’agriculture, une carotte aura toujours besoin d’un sol et d’eau de pluie pour croître (enfin je l’espère)! Bon allons découvrir par nous même, c’est la meilleure solution.

Effectivement arrivé sur place, on trouve le lieu sympathique, « encastré » dans une zone péri-urbaine, et donnant sur la rade de Thessalonique d’où l’on aperçeoit le mont Olympe! Dimitris et Béatrice nous accueillent sur leur lieu de vie.
Un premier temps déconcerté par l’apparent bazard omniprésent et l’organisation des journées (travaux et repas), on s’habituera au rythme assez rapidement et nous trouverons nos marques dans l’espace.

Découvrant au fil des jours les différentes facettes du lieu, on s’attelera à nourrir les animaux (volailles, moutons, chèvres, cochons …), mener les chevaux au pré, faire les foins ou du bois (au mois de novembre!), encadrer des groupes de scolaires découvrant la ferme…

Ce sera surtout l’occasion de découvrir ce qu’est la biodynamie par les informations distillées au fil des jours. Ce que l’on en retiendra, c’est le respect de la vie sous toutes ses formes (même les puces s’invitant dans notre logis!), l’importance de l’intention lorsque l’on effectue une tâche et la pratiquer avec amour. On apprend qu’un problème ne l’est pas, c’est juste une épreuve que l’on doit surmonter. Cette pratique de l’agriculture ou manière de vivre est empreinte de spiritualité mais non contraingnante pour ceux qui n’en on pas.
On aura été frappé par la place laissée à la confiance et à l’initiative donnée aux personnes transitant sur ce lieu (et elles sont nombreuses), il en résulte une diversité intense et une sérénité latente ainsi qu’un amour inconditionnel envers toutes forme de vie.

Le 30 octobre 2015 en Roumanie…

Dans la soirée du 30 octobre 2015 à Bucarest, un incendie se déclare dans une discothèque au court d’un concert de métal. Le feu se propage très vite et produit des fumées très toxiques. 32 personnes sont décédées et de nombreuses sont blessées par brûlures ou par les fumées toxiques. Cet événement s’est produit la veille de notre arrivée dans la capitale et faisait la une de toute la presse internationale. Deux jours après, une grande marche silencieuse est organisée dans la ville en soutient aux victimes. Un 1er novembre, fête des saints, fête des morts, qui est alors de circonstance avec un cortège tout en noir, couleur symbolique du courant musical du métal.

IMG_7978Cet événement a surtout déclenché une grande vague de mobilisation toute la semaine qui a suivi, principalement des étudiants, puis dans tout le pays des manifestations pacifiques sont organisées. Ceux-ci accusent les dysfonctionnements du gouvernement et notamment la corruption qui est très répandue en Roumanie d’être la cause de cet accident. Cette mobilisation a conduit à la démission du premier ministre et l’organisation d’élections anticipées. La jeunesse souhaite rester au pays et s’y insérer par un travail. Un beau message d’espoir.

Visite d’un village Roumain : Costache Negri

 

IMG_8173Alex : Un retour dans le village de Costache Negri s’imposait pour moi. Il y a 11 ans, j’effectuais un stage d’éducation et de sensibilisation à l’environnement. Je voulais revoir ce village pour retrouver les personnes avec qui j’ai passé du temps, ainsi que voir les changements qui s’étaient opérés. Le plaisir fut court mais intense, nous y sommes restés qu’une journée. L’accueil y était de nouveau chaleureux et convivial.Tout d’abord, Emilia, qui était mon interlocutrice principale, a assuré 3 mandats consécutifs en tant que maire de la commune et n’a pas été réélue aux dernières élections de 2012. Toutefois, le travail de cette équipe a permis l’installation d’une station d’épuration, chose peu commune sur un village de 2700 habitants pour la Roumanie. Je me souviens que le couple qui m’hébergeait à l’époque, Oprea et Leia, ne disposait que de l’eau du puits à l’extérieur et des latrines dans le jardin. Désormais, la salle de bain toute équipée fait partie de la maison. Il y a eu plusieurs constructions, telles qu’une nouvelle mairie, une école élémentaire et un collège. En plus de la route principale, plusieurs autres voies sont maintenant bitumées. En stage, mon rôle fut de sensibiliser au devenir et à la gestion des déchets. Un rapide tour dans le village permet de se rendre compte qu’il a encore du travail, mais que certaines personnes y prêtent plus attention.
Puis, le 11 septembre 2013, il s’est produit une très grave inondation. Elle est arrivée très rapidement et n’a durer que quelques heures. Les dégâts sont nombreux et encore visibles : certaines personnes y ont périt, d’autres ont perdu tout ou une partie de leur maison (Au total, 300 habitations touchées). Les habitants ont dû vivre plusieurs mois dans des algécos, le temps de reconstruire leurs foyers, pour ceux qui ont eu des prêts. Beaucoup de maisons en terre ont laissé place à de nouvelles constructions, de nouveaux styles.

Elise : La visite du village de Costache Negri est l’occasion de rencontrer une expérience d’échange dans de cadre de l’Opération Village Roumain (OVR).
Débuté en 1988, l’organisation OVR se met en place en réponse à la suppression de villages qui est organisée par le régime de la dictature communiste. Après la chute du régime, en décembre 1989, l’OVR a pu exercer sa pleine activité, d’abord en aide humanitaire nécessaire à l’époque. L’opération de l’organisation visait les villages inscrits sur une liste comme devant être supprimés. Costache Negri, faisant parti de cette liste, avait été dévitalisé de ses organes administratifs qui avaient été déplacés dans un village voisin. Par cette opération, des liens se sont tissés entre le village et la ville de La Roche sur Yon avec des actions menées par l’association AEIN (Association Echanges Internationaux et Nationaux). Plusieurs délégations se sont rencontrées ici ou là bas. Ici les familles comme Oprea et Leia accueillent les visiteurs français. Certains membres de l’organisation roumaine ont visité la Vendée. Pour chacun, cela a été un grand souvenir, faire un voyage en France est quelque chose d’assez exceptionnel ici. Ces échanges ont permis au village de se structurer et de mener de nombreux projets qui témoignent du dynamise du village : plantation de 70 ha d’acacias (plus de 200 000 arbres), nouvelle mairie en 2009, agrandissement du collège en 2011 qui accueille aujourd’hui 300 élèves, construction d’une station d’épuration en 2012.
Aujourd’hui, le village continue de réparer les suites des inondations, les marques de la montée des eaux restent encore visibles. Emilia nous rapporte son témoignage de l’événement comme si elle le vivait encore.